Des bactéries à l'origine de l'autisme ?

Des chercheurs explorent la piste bactérienne comme facteur déclencheur de l'autisme chez l'enfant. C'est le cas du Pr Luc Montagnier, prix Nobel de médecine en 2008, qui utilise des antibiotiques pour combattre les bactéries et faire régresser la maladie. Les premiers résultats sont encourageants.

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Depuis sa découverte en 1943, l'autisme a fortement progressé jusqu'à devenir la maladie qui se développe le plus rapidement dans le monde industrialisé (plus 600 % en vingt ans). En Allemagne, on estime à 600 000 le nombre de personnes autistes ; en France, ils seraient environ 500 000 – 8 000 enfants autistes naîtraient chaque année, ce qui représente un enfant sur 150 (en Amérique du Nord, on atteint 1 sur 80). Au total, il y aurait 67 millions d'autistes dans le monde. À ce jour, il n'y a ni cause avérée, ni traitement probant, mais des pistes génétique ou psychiatrique.

Une piste organique
Depuis une dizaine d'années, des chercheurs soupçonnent des facteurs environnementaux d'être aussi en cause dans le déclenchement de l'autisme chez l'enfant, que cela soit à la naissance ou après la naissance. La maladie serait alors transmise de la mère au fœtus ou interviendrait chez l'enfant vers l'âge de 2 ou 3 ans (autisme dit régressif). Nutrition du nourrisson, expositions aux pollutions, aux pesticides, aux radiations électromagnétiques seraient autant de facteurs à risque. La maladie aurait ainsi une cause organique nichée dans le microbiote, ces milliards et milliards de bactéries qui peuplent nos intestins. Des infections bactériennes pourraient y produire des neurotoxines capables de gagner le cerveau, d'y causer des dommages neurologiques, contribuant à l'émergence de l'autisme chez l'enfant. En 2014, des chercheurs de l'Institut de Technologie en Californie ont démontré pour la première fois cette incidence chez des souris. Ils ont rapporté dans la revue Cell qu'une thérapie expérimentale avec des probiotiques (micro-organismes vivants, bactéries ou levures, qui peuvent venir en aide aux bactéries naturellement présentes dans l'organisme) a permis d'atténuer les comportements de l'autisme chez la souris.

Découverte d'une nouvelle bactérie impliquée dans l'autisme
En France, le Pr Luc Montagnier, prix Nobel de médecine en 2008, entouré d'une équipe de chercheurs et de cliniciens, a lancé un programme de recherches sur fonds privés auprès d'enfants autistes. Les résultats seront bientôt publiés. "Nous suivons une cohorte de cent cinquante enfants âgés de 2 à 15 ans, en France, en Belgique et aux États-Unis. Ils souffrent d'autisme régressif, à savoir qu'ils étaient normaux jusqu'à l'âge de 2 ou 3 ans et qu'ils se sont progressivement repliés et ont coupé le contact avec le monde extérieur", explique-t-il. Le sang de chacun de ses enfants a été analysé afin de détecter une possible anomalie bactérienne dans le microbiote. "Nous avons découvert que 85 % de ces enfants ont dans l'intestin la bactérie Sutterella, bactérie récemment découverte par le Professeur Ian Lipkin de l'université Columbia, à New York. Cette bactérie impliquée dans l'autisme n'est pas présente chez les enfants normaux."

Vers un espoir de guérison
Cette forme d'autisme dite régressive est l'une de celles qu'il est possible de guérir. Le Pr Montagnier utilise un traitement mêlant antibiotiques et antiparasitaires sous forme de cures allant de plusieurs mois à plusieurs années selon l'ancienneté des infections. "Ce qui est impressionnant, c'est la corrélation remarquable entre la disparition de cette bactérie dans le sang sous l’effet du traitement et l’amélioration clinique des enfants autistes. Ceci montre son rôle causal dans l'autisme sans exclure naturellement d'autres facteurs." L'amélioration commence avec la disparition de la peur d'être touché, par la reprise du contact avec les autres à travers le regard et se termine par le retour progressif du langage. Parallèlement, d'autres études sont menées aux États-Unis et au Canada pour tenter de percer le mystère de nos microbiotes et de leurs impacts sur le cerveau. "Il faudra dans l'avenir consolider cette hypothèse porteuse d'espoir pour le traitement de l'autisme. Car, pour l'heure, nous manquons encore de recul", conclut le Pr Montagnier.
Parallèlement, les tenants de la piste génétique, pour certains encore sceptiques quant au rôle de la bactérie dans l'autisme, poursuivent leurs recherches. Steve Scherer, un chercheur canadien pionnier dans la recherche génétique sur l'autisme, a récemment lancé le programme Autism Speaks 10 000 Genomes Program, s'alliant avec Google pour recueillir des milliers d'ADN d'autistes à travers le monde et faire encore progresser la recherche.
Laure Naimski