La disparition des abeilles : et après ?

A elles seules, les abeilles sont responsables de 80% de la pollinisation des espèces de plantes. Leur disparition serait un coup dur pour tout notre environnement, mais aussi pour l’agriculture. Quelles sont les alternatives ? Des chercheurs s’intéressent aux autres modes de pollinisation.

 

Dans la nature, les plantes ont besoin d’un intermédiaire pour se reproduire : un pollinisateur, dont le rôle va être d’amener le pollen de la fleur mâle au pistil de la fleur femelle. Si le vent (ou la pluie) peuvent jouer les entremetteurs, une large partie du travail est assuré par des insectes. Les plantes, que l’on appelle entomophiles, font tout pour attirer les animaux avec de belles couleurs, un nectar ou un parfum séduisants.

Parmi les insectes jouant les pollinisateurs, on trouve les guêpes, les mouches, les papillons ou encore les scarabées. Mais la grosse partie du travail est assurée par les abeilles domestiques (que l’on appelle également Apis Mellifera). Qu’elles soient sauvages ou domestiques, l’INRA estime que les abeilles sont responsables de la pollinisation de 80% des espèces de plantes à fleurs. En France, selon une récente étude de Bernard Vaissière (INRA) et Fabrice Allier (ITSAP), la valeur monétaire de l’activité pollinisatrice des abeilles pour l’agriculture atteint 2,8 milliards d’euros, principalement dans les cultures arboricoles, les jardins et les potagers.

 

C’est en allant se nourrir, en butinant le nectar des plantes, que les abeilles participent à la reproduction des espèces. Leur corps est en effet recouvert de poils qui ramassent une quantité importante de pollens. En volant de fleurs en fleurs, elles vont ainsi le transporter et l’apporter au pistil correspondant.

40% de notre alimentation dépend des abeilles

Ce type de pollinisation concerne par exemple le colza ou le sarrasin, la pomme, le melon, les carottes, les salades ou les oignons. Concernant les fraises, on estime ainsi que les abeilles sont responsables de 85 à 90% de la production. Au total, 40% de notre alimentation dépendrait de l’insecte. Moins d’abeilles voudrait donc dire moins de fruits et de légumes. Mais aussi des fruits et légumes plus petits.

Moins de pollinisateurs risque aussi de vouloir dire à terme moins d’espèces de fleurs et moins de plantes tout court. Les abeilles jouent un rôle dans la dispersion des fleurs dans les champs. Sans elles, la diversité florale de notre paysage se réduirait. Aujourd’hui, Fabrice Allier (ITSAP) estime que les besoins en pollinisation en France sont compris entre 1 950 000 colonies et 9 900 000 colonies (suivant les projections). Or, en 2009, 1 340 000 colonies ont été déclarées par les apiculteurs.

Miser sur les autres pollinisateurs

Bien sûr, il existe d’autres insectes pollinisateurs. A défaut de faire venir des ruches de pollinisation dans les champs, certains agriculteurs achètent aujourd’hui des bourdons, les Bombus terrestris, qui pollinisent notamment les plans de tomates. “L’atout des bourdons, c’est qu’ils ont une plus faible mortalité, note Fabrice Allier, coordinateur pollinisation et ressources à l’IFSAP. http://www.itsap.asso.fr/ En plus, les bourdons sortent dans des conditions météorologiques moins favorables que les abeilles. Mais c’est du jetable : une fois mis dans les champs, personne ne s’occupe d’eux et les colonies n’ont pas forcément de reine.” Les agriculteurs devront donc racheter chaque année des bourdons ou des mouches, dont certaines espèces peuvent jouer le même rôle.

Attirer les abeilles sauvages

Autre piste : attirer les abeilles sauvages. Celles-ci, moins nombreuses que les domestiques, jouent également un rôle pollinisateur, souvent pour des espèces bien spécifiques. “Le problème c’est qu’elles sont en général solitaires, et liées à certaines espèces de plantes, donc dépendantes d’un milieu”, explique Fabrice Allier. “Elles peuvent avoir un rôle dès lors que l’environnement leur est propice, avec une diversité et une abondance de fleurs”. Mais l’abeille sauvage, travaillant seule, est moins sensible aux grandes étendues et aura surtout tendance à butiner aux extrémités des champs. Les agriculteurs font donc désormais davantage d’efforts pour les attirer.

Jouer les pollinisateurs

Mais l’homme peut aussi jouer lui-même le pollinisateur. C’est ce qui est notamment pratiqué pour la vanille. Dans le Sichuan, en Chine, après la disparition des abeilles, ce sont des ouvriers qui ont repris leur tâche difficile, en pollinisant, fleur par fleur, les arbres fruitiers. Un travail harassant et surtout très coûteux pour les propriétaires de champs. Il faut d’abord recueillir le pollen sur les plantes mâles, puis, après séchage, le frotter grâce à un petit plumeau, sur les plantes femelles. Inimaginable en Europe au vu du coût de la main d'oeuvre.

A l’avenir, un robot-abeille ?

Au Royaume-Uni, les universités de Sheffield et du Sussex travaillent actuellement sur le projet “Green brain”, http://www.shef.ac.uk/news/nr/green-brain-honey-bee-model-sheffield-university-1.212235 la création d’un robot abeille, capable de voir et de sentir. “Nous sommes en train d’implanter notre modèle de cerveau d’abeille dans un grand robot volant, explique le Dr. James Marshall, responsable des recherches. “Au bout de nos trois ans de recherches, nous espérons qu’il pourra reproduire certains aspects du comportement cognitif sophistiqué mis en oeuvre par les abeilles, tout comme des concepts d’apprentissage, incluant l’idée ‘d’identique’ et de ‘différent’”. Le robot, plus grand qu’une abeille, pour le moment, est équipé de caméra qui devraient lui permettre d’identifier les couleurs et de distinguer ainsi les fleurs.

“La pollinisation par le robot est certainement un des buts du projet Robobees, poursuit le Dr. James Marshall. Nous sommes en train d’essayer de comprendre comment un si petit - et relativement simple - cerveau peut donner naissance à un comportement cognitif aussi sophistiqué. Mais cela devrait aussi nous permettre d’avancer dans l’intelligence artificiel et le controle des robots, avec des modèles qui devraient être en mesure d’agir et d’apprendre de façon autonome”.

Reste évidemment que le travail réalisé par les abeilles est énorme et difficile à suppléer. Les robots ne sont donc qu’une piste, peu réaliste pour le moment, pour remplacer les butineuses. Si les abeilles disparaissent, l’homme sera peut-être contraint à se diriger vers les espèces qui se produisent de façon spontanée, sans fécondation, comme les bananes, par exemple.

Par Oriane Raffin