Huit inventions faites par des femmes

Quelques grandes inventions mises au point par des femmes, par amour de la science, par souci d’améliorer leur vie quotidienne ou les deux...

Par Marion Roussey / Illustrations de Klaire fait grr

1. L’essuie-glace  

Propriétaire d’un ranch en Alabama, Mary Anderson remarque lors d’un voyage à New York en 1903 que les conducteurs doivent tout le temps s’arrêter pour retirer la neige de leur pare-brise.

L'idée lui vient de créer un bras mobile recouvert d’un morceau de caoutchouc pouvant être activé depuis l'intérieur de la voiture. Sa demande de brevet est acceptée en 1903. Le premier essuie-glace opérationnel est né.

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Mais à l’époque, l’usage de la voiture est encore peu développé. Aux Etats-Unis, Henri Ford vient tout juste de créer sa société et le célèbre modèle T, première voiture accessible au grand public, n’est commercialisé qu’en 1908. C’est donc sans succès que Mary Anderson essaie de vendre son invention à différents constructeurs. Elle finit par abandonner son idée, jusqu’à sa mort en 1953.

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Et pourtant, son concept est repris et maintes fois amélioré au fur et à mesure que la voiture se modernise : en 1917, Charlotte Bridgwood brevette les premiers essuie-glaces à balayage automatique. En 1962, l’Américain Robert Kearns invente le concept de balayage intermittent, idée volée et commercialisée par Ford Motor Compagny. Et en 1983, le constructeur japonais Nissan développe les essuie-glaces intelligents, capables d’ajuster leur vitesse en fonction de l’intensité de la pluie.

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2. La transmission sans fil

Actrice autrichienne remarquée par sa performance dans le film érotique Extase en 1933, Hedy Lamarr a bénéficié d’une notoriété internationale à Hollywood.

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Actrice dans une quinzaine de films, productrice ayant passé en revue tous les genres, elle a collectionné les aventures, tantôt au bras de Marlon Brando, Charlie Chaplin ou Robert Capa. Mais son intérêt pour les sciences l’a aussi amenée à jeter les bases de la transmission sans fil. Mariée avec Friedrich Mandl, un important fabricant d’armes autrichien converti au fascisme, elle se familiarise avec les technologies de différentes armes. Mais convaincue de la puissance dévastatrice du nazisme, après avoir divorcé de son mari, elle cherche un moyen de stopper l’expansion d’Hitler.

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En 1941, elle met au point avec le compositeur George Antheil un système de communication codé, applicable aux torpilles radioguidées. Utilisé par les sous-marins alliés pendant la seconde guerre mondiale, le dispositif permet à un émetteur et à un récepteur de changer de fréquence pour communiquer, rendant quasiment impossible la détection de l'attaque sous-marine par l'ennemi.

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Le procédé a ensuite servi dans la crise de Cuba et la guerre au Vietnam. Il est toujours utilisé pour le positionnement par satellites, les téléphones portables ou le Wifi. De nombreux prix ont été attribués à l’actrice pour son invention, malgré son retrait de la vie publique dès les années 50 et une lente descente aux enfers jusqu’à sa mort en 2000.

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3. La radio-immunologie 

Rosalyn Yalow est la deuxième femme à avoir reçu le prix Nobel de médecine. Sa renommée est aujourd’hui mondiale et son nom est inscrit au National Women's Hall of Fame mais son parcours scientifique n’a pas été facile. Son statut de “femme juive originaire de New York” lui a valu de nombreux refus dans les universités. Il lui faut attendre la pénurie de chercheurs pendant la Seconde Guerre mondiale pour bénéficier d’un poste d’assistante à l’université d’Illinois. Seule femme parmi ses 400 collègues, elle reçoit en 1945 un doctorat de physique nucléaire. Dans les années 50, elle met au point avec le scientifique Salomon Berson une technique de médecine nucléaire in vitro permettant de mesurer avec précision des substances comme les anticorps, les hormones, les enzymes, ou les stéroïdes, présentes en quantités infimes dans le sang ou les urines. Sa découverte a permis des avancées majeures dans la recherche sur le diabète ou le traitement des problèmes hormonaux liés à la croissance. Aujourd’hui, la radio-immunologie est remplacée par d’autres méthodes n’utilisant plus la radioactivité mais Rosalyn Yalow a reçu pour ses recherches le prix Nobel en 1977, quelques temps après la mort de son associé. Elle s’est éteinte en 2011 dans sa modeste maison du Bronx à New York.

4. Les fusées de signalisation

Martha Coston n’a pas inventé les missiles, les feux d’artifice ou le langage morse.

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Mais elle a mis au point un dispositif qui a peut-être permis aux navires yankees de remporter la guerre de Sécession. Sans aucune connaissance scientifique, c’est l'instinct de survie et la volonté d’entreprendre qui ont guidé cette inventrice du 19ème siècle. Veuve à 21 ans, elle doit subvenir seule aux besoins de ses quatre enfants.

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Elle décide alors de poursuivre un projet démarré par son défunt mari, directeur d’un laboratoire scientifique pour la marine américaine à Washington. L’idée ? Construire des fusées de signalisation de différentes couleurs et de longue portée, pouvant être utilisées par les navires pour communiquer en cas d’accident ou avant d’attaquer la flotte ennemie.

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Après avoir obtenu et testé différents matériaux auprès d’entreprises américaines, elle a l’idée d’incorporer à son dispositif les techniques du feu d’artifice. Brevetée en 1859, son invention a été utilisée par la marine américaine pendant la guerre civile et pendant la Première Guerre mondiale en France et en Allemagne. Martha Coston a elle-même apporté de nombreuses améliorations et a vendu ses fusées aux explorateurs, aux particuliers ou aux clubs nautiques du monde entier, bien souvent contrainte de se battre comme une lionne auprès de ses interlocuteurs qui refusaient de traiter avec une femme.

5. Le chauffage solaire

Capturer l’énergie du soleil : un rêve qui pourrait bientôt devenir une nécessité pour l’homme. Surnommée Sun Queen, Maria Telkes, une Américaine d’origine hongroise, a consacré sa vie à la recherche sur le sujet. Dans les années 40, elle a notamment mis au point avec l'architecte Eleanor Raymond la toute première maison à chauffage solaire : l’énergie du soleil est capturée et chimiquement stockée grâce à un processus de cristallisation du sulfate de sodium, avant d’être redistribuée dans toute la maison. Cette technique lui a aussi servi à concevoir un four solaire, accessible et utilisable par les plus démunis, ainsi qu’une méthode pour accélérer le séchage des récoltes agricoles. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a développé à la demande de l’armée américaine un distillateur solaire permettant la désalinisation de l’eau de mer sur les radeaux de sauvetage. Longtemps membre associée au Massachusetts Institute of Technology (MIT), elle a déposé plus d’une vingtaine de brevets, terminant sa longue carrière comme consultante pour des entreprises comme BP Solar. Elle s’est éteinte en 1995 à Budapest, alors qu’elle rendait visite à son pays natal pour la première fois depuis 70 ans.

6. Le premier programme informatique

C’est en travaillant sur la machine analytique, ancêtre de l’ordinateur, qu’Ada Lovelace a conçu le premier programme informatique. Encouragée par sa mère à étudier les mathématiques, la comtesse de Lovelace rencontre à Londres en 1833 Charles Babbage, illustre inventeur de la calculatrice mécanique.

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Le mathématicien travaille alors sur la mise au point d’une machine analytique, un système capable de réaliser une série de calculs définis à l’avance et inscrits sur des cartes perforées. Une étroite collaboration naît entre eux. En 1843, Ada Lovelace traduit une description de la machine écrite par un mathématicien italien, en l’enrichissant de ses propres notes.

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L’une d’elles comporte une série d’algorithmes précis, destinés à être exécutés par une machine et comparables à un langage informatique. Certaines de ses remarques sont même visionnaires pour l’époque : “la machine pourrait composer de manière scientifique et élaborée des morceaux de musique de n'importe quelle longueur ou degré de complexité”, préconise ainsi la mathématicienne. Son mérite est longtemps ignoré ou minoré. En 1978, le nom ADA est donné en son honneur à un langage informatique aux États-Unis.

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7. La vidéosurveillance

Avec son système de surveillance pour particuliers breveté en 1969, Marie Van Brittan Brown voulait aider les New Yorkais à assurer leur propre sécurité, confrontés à un taux de criminalité grandissant dans les années 60 et à une intervention des policiers plus ou moins effective selon les quartiers. Avec son mari, cette Afro-Américaine invente donc un système de retransmission d’images filmées à distance, permettant au propriétaire de voir et d’entendre ce qui se passe à l’entrée de sa maison, avant de valider l’ouverture de sa porte avec une télécommande. Si les caméras de surveillance dans les lieux publics existaient déjà depuis le début des années 60, son invention constitue la base des systèmes d’interphones vidéos modernes, utilisés par les particuliers et les entreprises.

8. Le Kevlar, composant du gilet pare-balles

Stephanie Kwolek voulait devenir médecin. En intégrant un laboratoire de chimie pour financer ses études, elle ne pouvait se douter que ses recherches allaient permettre de sauver des vies et servir à la guerre. Diplômée de l’université de Pittsburgh, elle rejoint en 1943 le groupe de chimie DuPont, à l’origine, entre autres, de la découverte du nylon, du Téflon et du lycra. L’entreprise américaine recherche alors de nouvelles fibres textiles plus légères pour remplacer l'acier dans les pneumatiques. C'est ainsi que Stephanie Kwolek découvre en 1965 le poly-para-phénylène téréphtalamidee, rebaptisé Kevlar. Incombustible et cinq fois plus résistante que l'acier, cette nouvelle fibre synthétique est d’abord utilisée par l’armée pour fabriquer des gilets pare-balles et des casques. Aujourd’hui, le brevet a expiré et des produits concurrents sont apparus. Mais le Kevlar est toujours utilisé dans le domaine de l'aéronautique ou pour fabriquer certains équipements professionnels et sportifs comme des pièces de fusées, des vêtements de pompier ou des raquettes de tennis. Son inventrice, elle, a déposé une vingtaine d’autres brevets et a obtenu de nombreux prix au cours de sa carrière. Elle est décédée en juin 2014.