« Il faut recycler les revêtements contenant du sable »

Au large des côtes et sur les plages allemandes, l'extraction de sable et de graviers se pratique aussi. Jochen Lamp, directeur du bureau WWF de la mer Baltique, veille à la préservation de la côte allemande. Pour ARTE Future, il évoque la situation spécifique de l'extraction en mer Baltique. Interview.

Jochen Lamp, WWF

Comment évaluez-vous la situation actuelle ? Quelle quantité de sable et de graviers est extraite chaque année de la mer Baltique ?

Jochen Lamp. L’extraction de sable et de graviers en mer Baltique dépend fortement de l'évolution de l'activité du bâtiment et de ses besoins. En 2006, 2,3 millions de tonnes ont par exemple été extraites. En fonction des projets de construction planifiés, ce chiffre varie fortement. Entre 2010 et 2011, quand le gazoduc de la mer Baltique a été construit, les besoins en sable ont explosé.

En France, l’extraction de sable concerne aussi les plages et les dunes. Qu’en est-il en Allemagne ?

La situation en Allemagne est différente d’un lieu à l’autre. Dans certaines zones, le sable est effectivement extrait des plages mais il est ensuite utilisé pour les recharger et ainsi stabiliser la côte. À d’autres endroits, où il est directement prélevé des fonds marins, on n’observe pas d’incidence directe sur les plages.

Concrètement, quels sont les organismes concernés par l’extraction de sable en mer ?

Les espèces les plus naturellement touchées sont toutes celles qui vivent dans le sable. Les coquillages et les lançons sont tout particulièrement concernés. Les lançons sont de petits poissons qui servent de nourriture aux poissons de plus grande taille et aux oiseaux marins. C’est surtout en mer du Nord que d’innombrables espèces sont victimes de ce phénomène.

Des études montrent qu’après 2098, il ne sera plus possible d’extraire du sable terrestre. Qu’est-ce que cela implique pour les espaces marins ?

Nous ne sommes pas en mesure d’estimer l’ensemble des conséquences pour le moment. En revanche, on peut considérer que la pression sur l’espace vital marin sera de plus en plus forte parce que le sable devient rare. Transporter le sable sur de longues distances engendre des coûts énergétiques prohibitifs. Par conséquent, nous continuerons à utiliser du sable provenant de sites plus proches.

Y a-t-il des alternatives à l’exploitation du sable et des graviers marins, et à l’extraction du sable de manière générale ?

Il faut recycler les revêtements contenant du sable. Si nous construisons de nouvelles routes, il faut détruire les anciennes afin de réutiliser le sable qui les compose. Les déblais peuvent par exemple être utilisés pour réaliser des couches de fondation. De manière générale, nous devons trouver des techniques de construction plus économes d’ici les années 2090.

Propos recueillis par Nora Laufer