La permaculture : une perspective critique

L’agriculture intensive permet d’assumer un rendement haut et une production croissante.  Elle devrait donc assurer l’alimentation des quelques 7.5 milliards d’humains qui peuplent la planète. Seulement, ce n’est pas le cas : non seulement 50% des produits récoltés sont finalement gaspillés, mais l’utilisation de machines, d’engrais et de pesticides mettent en danger la biodiversité naturelle et la santé humaine. Face à cela, la permaculture se présente comme un moyen alternatif de produire durablement des ressources pour alimenter la planète. Dans la perspective de rétablir un équilibre naturel, elle se base sur trois axes éthiques : prendre soin de la terre, prendre soin de l’humain et partager équitablement. Elle disjoint  la consommation humaine de la production agricole et propose une forme de retour aux sources. Alors que sa viabilité est avérée et qu’elle pourrait représenter l’alternative tant attendue, une question se pose : la permaculture permet-elle un revenu stable pour les agriculteurs dans le contexte économique actuel ?

D’après ce que l’on constate pour le moment, la permaculture permet de créer un système efficace dès lors que la production s’auto-régule, ce qui nécessite en moyenne une dizaine d’années pendant lesquelles l’entretien des plants exige du travail et souvent de la main d’œuvre. Entre temps, pour subsister, une activité subsidiaire est nécessaire pour le permaculteur : agro-tourisme, publication de livres, cours, stages et séminaires, voir dépendance de la famille et des proches. Vu comme cela, la permaculture peut difficilement être considérée une activité agricole économiquement autosuffisante mais plutôt comme une lubie de néoruraux reconvertis.

Le fait est que le système agricole tel qu’il est aujourd’hui ne permet pas l’insertion à grande échelle d’une telle alternative. Cependant, si les gouvernements misaient sur la permaculture comme agriculture du futur -ce qui impliquerait tout d’abord un enrayement des puissants lobbies de l’industrie agricole- et autorisaient la mise en place de systèmes de subventions qui permettraient aux agriculteurs d’envisager cette possibilité à long terme et à grande échelle, il pourrait en être autrement. En effet, sur le long terme, la permaculture changerait la donne en amoindrissant le labeur physique (lorsque le système est en place, il ne faut théoriquement que récolter les plantes), la dépendance à une économie  globale, le recours aux énergies fossiles et l’épuisement des sols et des ressources naturelles. Ceci à la condition non-négligeable que les conditions météorologiques soient toujours favorables et que Dame nature joue le jeu. C'est cet idéal qui est problématique : il suppose non seulement un fonctionnement optimal des systèmes naturels générés mais aussi une harmonisation parfaite entre producteurs et consommateurs. La permaculture permet de produire peu mais bien : elle sonne le glas de l’hyperproduction et l’apogée de la consommation saisonnière et locale. La production permaculturelle n’étant pas massive, on ne peut s’attendre, dans le contexte socio-économique actuel, à ce que les productions qui en sont issues puissent faire concurrence sur le marché. Quelle part de la population est prête à renoncer à ses avantages de consommateurs en payant plus pour un choix limité et une production temporaire? Dans quelle mesure est-elle prête à elle-même mettre la main à la pâte pour aider à développer la permaculture ?

La permaculture, comme beaucoup d’autres initiatives de rééquilibrage entre l’homme et la nature demande un changement global des mentalités et une rupture avec le consumérisme. S’engager pour la permaculture, c’est vouloir rompre avec un système global et adopter complétement un mode de vie qui,  à ce jour, ne peut rester qu’alternatif.

Vanessa Cornevin