Le lithium, source d'inégalité et de pollution

 

Le lithium est considéré comme LA ressource-clé des prochaines décennies. Or, la demande croissante est à l’origine de problèmes. Ainsi, on déplore des dégradations environnementales dans les pays d’origine, majoritairement situés en Amérique latine, ainsi que des conflits en termes de répartition équitable des ressources. Dans le même temps, les déchets contenant du lithium augmentent dans les pays industrialisés.

Pollution liée à l’exploitation minière

La plus grande partie des réserves de lithium se trouve dans des lacs salés au Chili, en Bolivie et en Argentine, mais aussi au Tibet et en Afghanistan. Pour extraire ce métal alcalin, on procède le plus souvent par évaporation. Dans une cuve, les sels contenus dans l’eau se déposent au fond à mesure que l’eau s’évapore. Au final, il subsiste une solution de couleur olivâtre riche en lithium. Celle-ci est alors traitée dans une usine chimique pour obtenir du carbonate de lithium. La production de lithium consomme de grandes quantités d’eau. On procède en effet à une évaporation ciblée pour accroître la concentration en lithium dans la cuve, l’eau n’étant ni récupérée, ni réinjectée dans la nappe phréatique. Il en résulte une pénurie dans les communes environnantes, ainsi qu’une pollution des sols et des réserves d’eau, faute de traitement adapté des effluents miniers. C’est non seulement un problème pour l’agriculture, mais aussi pour l’approvisionnement en eau potable de communes entières. « Deux grandes difficultés se posent : la consommation d’eau et la consommation d’énergie », déclare Michael Alvarez Kalverkamp, le porte-parole de la fondation Heinrich Böll pour la coopération internationale. L’exploitation de métaux rares accroît la consommation d’énergie dans les pays producteurs, qui investissent pour le coup dans des énergies bon marché comme le charbon, ce qui provoque d’autres dégradations environnementales. « Nous ne pouvons certes pas nous passer de lithium, mais la moindre des choses est de nous interroger sur les conditions d’extraction » estime Michael Alvarez Kalverkamp.

Problèmes structurels dans les pays d’origine

Souvent, la richesse des gisements miniers d’Amérique latine n’a pas été une source de prospérité, mais de pauvreté. Car ces ressources ne sont pas transformées sur place mais exportées, et les produits transformés sont ensuite importés. Le marché du lithium est un excellent exemple du circuit commercial international. La Bolivie, qui compte parmi les Etats les plus riches en lithium, veut se départir de sa réputation de fournisseur de matières premières à bas prix, qui a placé le pays dans une position d’inégalité marquée par rapport aux pays industrialisés et aux marchés internationaux. L’objectif est de donner le pouvoir à l’Etat, et non plus aux investisseurs étrangers. Or, compte tenu de la pénurie de technologies, d’infrastructures et de main d’œuvre compétente, ce projet représente un défi de taille pour le pays. Pour l’instant, la Bolivie ne peut pas vendre de batteries mais uniquement la matière première à partir de laquelle elles sont produites, et ce à bas prix. Cette situation illustre le rapport de dépendance issu de l’ère coloniale, à l’origine d’inégalités économiques, sociales et politiques qui n’ont toujours pas été gommées.

Les batteries usagées au lithium

Chaque année, près de 1 300 tonnes de batteries au lithium et d’accumulateurs lithium-ion sont jetées. En 2020, ce chiffre devrait passer à 14 000 tonnes, soit 10 fois plus. L’une des principales raisons en est le développement de l’électromobilité, au niveau des voitures, vélos et scooters. La demande est en outre alimentée par la production d’ordinateurs et de smartphones, dont les batteries rechargeables contiennent du lithium. Or, elles sont souvent hors d’usage après quelques années, ou l’utilisateur achète un nouvel appareil. Ce phénomène dope la demande de ce métal qui n’est pas inépuisable, de même que la production de déchets qui en contiennent.

Le recyclage du lithium

Il est possible de remédier à ce problème en recyclant les batteries de façon ciblée. En France, l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) crée L’Observatoire des Piles et Accumulateurs dès 2001. Puis, suite à la transposition en droit français, en 2009, de la directive européenne 2006/66/CE relative aux piles et accumulateurs, le Registre national des producteurs de piles et accumulateurs est créé en 2010. Dans son « Rapport annuel du Registre piles et accumulateurs », l’ADEME dresse un état des lieux de la filière des piles et accumulateurs en France. En Allemagne, l’Office fédéral pour l’environnement donne des conseils sur les batteries et accumulateurs au lithium1. Et le nouveau système mis au point dans le cadre du projet de recherche LithoRec2 permet de réutiliser une bonne partie des matériaux contenus dans les accumulateurs lithium-ion pour produire de nouvelles batteries. Une vidéo consacrée aux travaux de recherche du Battery LabFactory de l’Université technique de Brunswick explique comment fonctionne ce dispositif3.

Traduction d'un article original allemand de Sophia Boddenberg

Références en allemand :

1 http://www.umweltbundesamt.de/themen/wirtschaft-konsum/umweltbewusstleben/lithium-batterien-akkus

2 http://www.elektroniknet.de/power/power-management/artikel/106499/

3 https://www.youtube.com/watch?v=MyGDvzF4YLA