Le photovoltaïque, ce conte de fées

L’Allemagne est le pays qui produit le plus d’électricité avec des énergies renouvelables. Faut-il pour autant chercher l’avenir de la production d’électricité du côté des énergies renouvelables ? Ozzie Zehner, architecte, émet des doutes quant à l’énergie solaire et invite à repenser la question.

Il était une fois un homme, moi, qui croyait aux vertus magiques des cellules photovoltaïques.

J'ai donc créé une agence d’architecture écologique dans un quartier historique de Washington DC. Mon premier client ? Un diplomate désireux de vivre dans une maison solaire passive. J’ai accepté son projet avec enthousiasme.

Le bâtiment - une maison centenaire - appartenait déjà à mon client. A l’époque de sa construction, quelqu’un avait planté deux chênes du côté ouest. Ces arbres étaient magnifiques. L’été, ils recouvraient la maison de leur ombre. L’hiver, les feuilles tombaient et laissaient les rayons de soleil réchauffer les murs extérieurs. Ainsi, la consommation d'énergie annuelle d’énergie était inférieure de plusieurs milliers de dollars à celle de la maison neuve construite juste en face. Cela faisait un siècle que les arbres rendaient service à la maison. Mais des panneaux solaires sur un toit ombragé, ça ne peut pas fonctionner : j'ai donc abattu les deux chênes. J’allais bientôt découvrir que ce n’était que le premier sacrifice exigé par l'installation de cellules photovoltaïques.

Un coût résolument élevé

Si vous lisez n’importe quelle plaquette d’information récente sur les cellules photovoltaïques, vous aurez probablement l’impression que le tarif de cette technologie est en chute vertigineuse depuis des années. Pourtant, les chiffres précis du secteur indiquent que le coût de l’énergie solaire est resté résolument élevé au cours de la dernière décennie.

Alors, pourquoi cette soi-disant baisse ? Elle est due en partie aux subventions en vigueur en Chine, en Allemagne, aux États-Unis et dans d’autres pays, qui donnent l’illusion d’une baisse des prix, alors que les coûts sont juste pris en charge par quelqu’un d’autre. Les nouveaux produits à couche mince se détériorent aussi plus rapidement que les anciens modèles, compensant les prétendues économies par un coût de remplacement accéléré. Pendant ce temps, des journalistes spécialisés pondent des articles sur le coût compétitif du polysilicium et des composants techniques des cellules photovoltaïques, qui ne représentent pourtant que la moitié du prix total de l’installation d’un système. Même si le prix du polysilicium tombait à zéro, il faudrait toujours régler les autres postes de production comme le cuivre, le verre, l’aluminium, les onduleurs, les combustibles fossiles, le transport, l’installation, l’assurance, les métaux des terres rares, les métaux lourds et même la gestion des déchets toxiques.

Un ramassis de saletés

Voilà qui nous amène au troisième sacrifice exigé par les cellules photovoltaïques. Elles fonctionnent avec des saletés.

Les fabricants de matériel photovoltaïque utilisent des composés toxiques et explosifs dangereux pour la santé des travailleurs qui extraient les matières brutes et fabriquent les composants, ainsi que pour celle des populations qui vivent à proximité des sites. Les composants toxiques des cellules photovoltaïques peuvent filtrer dans les nappes phréatiques au cours de leur fabrication ou en fin de cycle, après le démantèlement des panneaux solaires. Suite à un examen approfondi du cycle de vie des produits photovoltaïques, des scientifiques s’aperçoivent qu’ils causent les mêmes nuisances à court et à long terme que celles que combattent justement les citoyens engagés.

De plus, l’industrie photovoltaïque émet des gaz à effet de serre exotiques comme l’hexafluoroéthane (C2F6), le trifluorure d’azote (NF3) et l’hexafluorure de soufre (SF6). Ces trois gaz ont un potentiel de réchauffement planétaire 10 000 à 23 000 fois supérieur au CO2, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Nous découvrons aujourd’hui que l’industrie photovoltaïque est l’un des principaux émetteurs de ces gaz.

Nous considérons généralement les cellules photovoltaïques comme l’une des solutions aux défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés. Rien ne peut hélas étayer l’hypothèse généralement admise que la technologie photovoltaïque est une technologie non-émettrice de CO2. Une étude sur le changement climatique effectuée par Richard York, chercheur à l’Université de l’Oregon, indique même tout le contraire : en pratique, les cellules photovoltaïques ne compensent pas l’utilisation de combustibles fossiles, ni les émissions de CO2. Elles requièrent des combustibles fossiles pour l’extraction de leurs composants, leur fabrication, leur installation et leur maintenance. Elles ont aussi besoin des centrales électriques « traditionnelles » pour fonctionner ou d’instruments de stockage comme les batteries, ayant eux aussi un impact sur l’environnement.

Le prix élevé des cellules photovoltaïques

Même si les cellules photovoltaïques étaient mille fois plus efficaces et moins onéreuses, elles ne serviraient qu’à accroître l’approvisionnement en énergie et finiraient par faire grossir la demande en combustibles fossiles, pour autant que l’Histoire puisse nous servir de guide. Mais les cellules photovoltaïques coûtent cher. Extrêmement cher. Le prix élevé des cellules photovoltaïques s’explique en grande partie par celui des combustibles fossiles sur lesquels elles s’appuient. La lumière du soleil est renouvelable. Pas les cellules photovoltaïques.

Lorsque j’ai entrepris la construction d’une maison solaire pour mon client, il y a quelque chose dont je ne me suis pas aperçu immédiatement : sa vieille maison, de pauvre apparence, avec ses deux chênes, était déjà une maison solaire. Les partisans des énergies alternatives ont déjà tellement marqué de leur empreinte l’imaginaire des gens, que les solutions les plus viables et les plus durables ne sont ni envisagées, ni financées.

Tout notre enthousiasme à trouver des énergies alternatives ne sert qu’à détourner notre attention d'un problème de fond qui concerne l’humanité tout entière : nous vivons trop nombreux sur une planète dont nous consommons toutes les ressources.

Une réelle énergie « propre »

La seule énergie propre est de consommer moins d’énergie.

Tôt ou tard, nous devrons traiter la question de la croissance mondiale provoquée par l’augmentation de la population et de la consommation. Et c’est ce questionnement qui nous fera trouver des solutions durables. Les cellules photovoltaïques sont-elles une étape dans cette direction ou sont-elles un symptôme de plus de la maladie qui nous ronge ?

Les technologies vertes rétrécissent notre champ de réflexion. Elles détournent notre attention et nos intentions les plus nobles et, par-dessus tout, elles limitent le nombre de questions que nous pensons à nous poser. Nous ne remettons pas en cause les cellules photovoltaïques pour la même raison que nous ne levons plus les mains à l’église. Nous sommes devenus les apôtres des divinités de l’écologie moderne que sont les cellules photovoltaïques, les éoliennes, les biocarburants et les voitures électriques.

Nous avons le droit de nous poser les questions écologiques qui ne remettent pas en cause la croissance économique, le capitalisme et la consommation. En tant qu’écologistes modernes, nous avons le droit de protester contre les pipelines et les centrales nucléaires, mais pas contre la hausse de la population et de la consommation à l’origine de ces exploitations. Nous avons le droit de comparer l’utilisation d’éoliennes à celle du charbon, mais pas de remettre en question les résultats des éoliennes en matière de conservation de l’énergie. Nous pouvons générer de la croissance pour nos entreprises vertes à condition de ne poser aucune question sur la croissance elle-même.

Les questions qu'on ne pose pas

Ne vous méprenez pas sur moi. Je ne prétends pas connaître toutes les réponses. Je ne suis qu’un membre des partisans du questionnement parmi les autres. Il est malheureusement évident que de nombreuses questions n’ont toujours pas trouvé de réponses. Je dirais même que les questions que nous ne nous posons pas sont elles aussi très nombreuses. C’est justement là que réside notre chance.

Notre tâche est de nous poser d’autres questions. Par exemple, au cours des prochaines années, il nous sera demandé d’envisager des solutions écologiques en matière de production d’énergie. Oserons-nous alors répondre : « Vous voulez une solution ou est-ce au contraire une donnée du problème ? » Si nous souhaitons laisser une empreinte écologique moins marquée de notre passage sur Terre, réduire les risques climatiques et éviter l’épuisement des ressources, ne devrions-nous pas développer des solutions pour réduire nettement notre consommation d’énergies, quelles qu’elles soient, plutôt que de subventionner encore et encore leur production ?

Les machines du désastre écologique

Ensuite, si nous voulons pouvoir sauver les habitants humains et non humains de cette planète, nous allons devoir nous poser les vraies questions sur la croissance, la population et la consommation. Diminuer l’impact de la croissance démographique de notre espèce sur la planète peut générer des bénéfices durables que l’illusion des énergies vertes ne procurera jamais.

En définitive, nous devons devenir les initiateurs du prochain mouvement écologique. Un mouvement écologique qui ne soit pas qu’une vague à surfer pour les compagnies d’énergie et les fabricants automobiles. Un mouvement qui aille au-delà des gadgets écologiques pour s’attaquer directement aux causes de la maladie que sont les injustices sociales et écologiques. Car si nous continuons à écouter gentiment le conte de fées des technologies vertes, nos descendants se souviendront de nous non pas comme des héros, mais comme des imbéciles qui ont balayé le questionnement critique au profit d’énièmes machines du désastre écologique.