Le réchauffement dans l'Arctique, une menace pour la planète

Dans le Grand-Nord, les territoires qui bordent l'océan Arctique, sont une véritable bombe à retardement pour le climat de notre planète. En principe, la majorité des sols sont gelés de manière permanente sur plusieurs mètres d'épaisseur. C'est ce que l'on appelle le pergélisol ou permafrost.

Quand on brûle du méthane, il produit du dioxyde de carbone, le CO2, un gaz accusé à juste titre de réchauffer le climat. Mais quand on le rejette directement dans l'atmosphère, le méthane réchauffe le climat à court terme trente-trois fois plus vite que le CO2. D'où la crainte d'un effet boule de neige dans les régions boréales : sous l'effet du réchauffement climatique, le pergélisol fond et les sols commencent à rejeter massivement du méthane, qui amplifie le réchauffement. Il occupe l'équivalent du quart des terres émergées de l'hémisphère nord. Un sol qui contient de la matière végétale emprisonnée dans la glace, et dont le réchauffement réveille les bactéries qui transforment les déchets végétaux en méthane, la même substance que celle qui est distribuée dans nos villes pour alimenter chaudières et cuisinières.

 

La fonte du pergélisol est une réalité qui se constate un peu plus chaque année à l'œil nu, du printemps à l'automne. On ne compte plus les «forêts ivres», ces régions où les arbres semblent frappés d'alcoolisme, dont les racines sont déstabilisées par les mouvements des sols ramollis; les bâtiments effondrés ou lézardés et les lacs —estivaux ou permanents— formés par la remontée de la glace fondue en surface. Pour le moment, les études scientifiques laissent penser que la bombe à retardement n'a pas encore été déclenchée dans toutes les régions de l'Arctique. Cela semble le cas en Sibérie. En revanche, une étude publiée en novembre 2014 par l'Agence spatiale américaine (NASA) montre que le pergélisol d'Alaska ne s'est pas encore transformé en source importante de méthane.

 

 

Mais ce n'est hélas qu'une question de temps, car les régions polaires se réchauffent bien plus vite que la planète. Quand la température terrestre s'est en moyenne accrue de 0,85°C entre 1880 et 2012, selon les calculs des climatologues de l'ONU, le thermomètre a grimpé de 2°C à 3°C au dessus des terres arctiques depuis 1980… Et les modèles climatiques prédisent une diminution de 37% à 80% de l'étendue des sols gelés entre aujourd'hui et la fin du siècle.

 

Sans compter qu'un autre effet boule de neige pourrait se déclencher dans cette région : alors que la banquise de l'océan Arctique régresse elle aussi de décennie en décennie, le commerce maritime qui profite de ces eaux libérées chaque été rejette des suies qui se déposent sur les glaces encore présentes, en captant chaque année un peu plus d'énergie du soleil.

Denis Delbecq