« Jusqu'à six mètres de plage en moins »

Norbert Métairie, maire de Lorient et président de la communauté Lorient Agglomération, était invité sur le plateau de Thema pour réagir au documentaire de Denis Delestrac "Le sable, enquête sur une disparition". , il revient sur l'hiver 2013-2014 très violent pour la Bretagne et fait le bilan de l’impact des politiques publiques sur la protection des plages françaises.

L’hiver dernier a été rude pour les côtes bretonnes, quel est l’état des lieux des plages et des dunes ?

Norbert Métairie. Le mois de février a été particulièrement difficile cette année, du fait de la conjugaison de vents violents, de fortes houles et de marées très importantes. Les tempêtes, très répétitives cette année, ont endommagé plusieurs sites. Dans certaines communes du littoral, les plages ont perdu 1 à 2 mètres, et même jusqu’à 5 à 6 mètres par endroits. 

En quoi la préservation des volumes de sable est-elle si cruciale pour les régions du littoral français ? 

Le capital sable, c’est d’abord un écosystème qui participe à la protection fondamentale du cordon littoral. C’est précieux et il faut le conserver en l’état. Et puis il constitue un enjeu touristique central, un patrimoine naturel à préserver.

Le Bretagne est-elle concernée par l’extraction humaine de sables au large de ses côtes ?

En 2008 un premier combat avait été mené contre Lafarge et Italcementi (deux géants du ciment, ndlr) qui désiraient mener des recherches en rade de Lorient en vue d’une possible extraction. La population s’était fortement mobilisée, et on avait vu naître l’association du « Peuple des dunes », également présent sur la côte nord de la Bretagne aujourd’hui. En tant que président de l’agglomération, j’avais aussi demandé l’avis d’experts scientifiques indépendants pour apprécier les chiffres avancés par les industriels. Leurs conclusions étaient bien différentes… Le préfet maritime avait finalement tranché et estimé que le secteur était dédié à la défense. Le projet a donc été abandonné.

Aujourd’hui, il existe d’autres projets d’extraction de sables coquilliers au large de l’île de Sein, qui a déjà été exploitée dans le passé, afin d’utiliser ce sable dans des compléments alimentaires pour animaux. Les habitants de l’île y sont hostiles. En baie de Lannion, il y a également un projet d’extraction combattu par le « Peuple des dunes ».

Sommes-nous capables de lutter contre les phénomènes naturels à l’origine de l’érosion ?

L’élévation du niveau de l’eau et les cris d’alarme des scientifiques ont une traduction sur nos territoires qui sont vulnérables. Cela nous oblige à avoir une action beaucoup plus forte, en termes de rechargement de plages autant que d’aménagement du territoire. A une époque, l’homme gagnait sur la mer mais, à un moment donné, la mer se manifeste sans prévenir et regagne son espace. 

Ceci dit, par rapport à d’autres régions du monde, exploitées de manière éhontée, il faut reconnaître qu’en France nous sommes très attentifs à ces risques. Les solutions, nous les connaissons. On ne construit plus n’importe où par exemple et on mène une politique d’acquisitions foncières depuis plusieurs années maintenant, justement pour préserver les zones littorales. Le système dunaire se protège des deux côtés : côté mer, mais aussi côté terre, avec l’aménagement de systèmes protecteurs. La région Bretagne et l’État travaillent sur la gestion intégrée de la mer et du littoral et mènent un programme d’action et de prévention des inondations. Avec deux leviers principaux : une cartographie précise de toutes les plages, ce qui permet un suivi régulier, et une politique de reconquête et d’aménagement de l’espace.

Propos recueillis par Cyril Charon