Les additifs dans certaines vaccinations sont-ils discrédités à bon escient ?

Une interview de Romain Gherardi, professeur au CHU Henri Mondor de Créteil

Les additifs dans certaines vaccinations sont-ils discrédités à bon escient ? La vaccination contre le papillomavirus peut-elle nous protéger réellement ? Et la vaccination devrait-elle être une décision individuelle ? Romain Gherardi, professeur au CHU Henri Mondor de Créteil, essaie de répondre à ces questions. Le neurologue et neuropathologiste a été lanceur d’alerte sur la nocivité potentielle des adjuvants vaccinaux à base d’aluminium dont il a mis en évidence le caractère bio-persistant et le potentiel de migration vers le cerveau.

Certains adjuvants employés dans les vaccins peuvent entraîner des effets secondaires graves chez des patients. Est-il possible de dépister en amont une intolérance à ces produits chez les personnes concernées ? 

Romain Gherardi : Malheureusement la recherche sur les facteurs génétiques de prédisposition à une intolérance aux adjuvants est encore embryonnaire. Une telle recherche s’inscrit dans le cadre du développement souhaitable de la médecine personnalisée. Schématiquement la recherche s’oriente actuellement vers les gènes prédisposant à développer une maladie auto-immune (certains groupes HLA par exemple), les gènes prédisposant à favoriser la bio-persistance des adjuvants (certains gènes codant pour l’autophagie, c’est-à-dire la machinerie cellulaire utilisée pour l’élimination des particules de l’organisme), et les gènes favorisant la dissémination dans l’organisme des cellules ayant capturé l’adjuvant (certaines molécules chimio attractantes, par exemple). Pour l’heure, on en est réduit à conseiller de limiter le nombre de vaccinations aux seuls vaccins obligatoires en cas d’antécédent familial direct de sclérose en plaque ou d’autres maladies auto-immunes.

Parmi les adjuvants les plus décriés on trouve l’hydroxyde d’aluminium. Malgré des effets secondaires graves avérés, on continue à l’utiliser. Pourquoi ?

C’est un très vieil adjuvant qui est généralement bien toléré à court terme, ce qui a suffi pour le déclarer inoffensif. Comme il est très bon marché et qu’il permet de réduire considérablement la quantité d’antigène, un composant qui lui, est cher à fabriquer, l’hydroxyde d’aluminium a été utilisé à très grande échelle dans le monde entier. Faire marche arrière actuellement est jugé difficile et coûteux.

Existe-t-il des alternatives ? 

L’hydroxyde d’aluminium est constitué de particules cristallines très bio-persistantes, ce qui est bien sûr tout à fait indésirable pour un immunostimulant aussi puissant et dont le mécanisme d’action est aussi mal compris. Il y a plusieurs décades, le phosphate de calcium, un autre adjuvant cristallin, était utilisé dans les vaccins Pasteur et présentait des propriétés adjuvantes très similaires avec, a priori, des effets secondaires moindres à long-terme du fait de son caractère physiologique (nos os en sont remplis). Il existe d’autres adjuvants actuellement en développement, dont on maîtrise mieux les mécanismes d’action. Ils devraient posséder des propriétés immunostimulantes plus larges que les adjuvants cristallins (en activant l’immunité cellulaire et pas seulement la production d’anticorps). On devrait exiger que, contrairement à l’hydroxyde d’aluminium, ils ne soient ni bio-persistants, ni neurotoxiques.

Le vaccin contre le papillomavirus est utilisé depuis seulement une dizaine d’années sur des jeunes filles entre 10 et 15 ans. Comment mesurer actuellement son efficacité réelle ?

Cette question sort de mon champ d’expertise. Je me contenterai de dire qu’il faudra solidement établir les bénéfices respectifs de la vaccination virus et du suivi gynécologique régulier sur la prévention du cancer du col de l’utérus (et sur le seul cancer, pour éviter des extrapolations parfois infondées à partir de paramètres intermédiaires) , mais de toute façon le suivi gynécologique devra être maintenu car le vaccin ne protège pas contre tous les sérotypes oncogènes de papillomavirus et que plusieurs autres pathologies sont détectable par examen.

En Allemagne, la vaccination est un choix individuel. Dans d’autres pays, certains vaccins sont obligatoires. Est-il utile, dans certaines situations, de rendre un vaccin obligatoire ?

En France la vaccination est obligatoire contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, et ces trois fléaux sont maintenant éradiqués ou très bien contrôlés dans le pays. Néanmoins, je suppose qu’il en est de même en Allemagne malgré le caractère non-obligatoire de la vaccination. Il faudrait examiner cela de près. Le risque me semble-t-il est que devant la défiance croissante de la population vis-à-vis des vaccins, les gouvernements soient poussés par les producteurs de vaccins à devenir autoritaires en la matière, alors que dans une démocratie adulte la population devrait être convaincue du bien-fondé de la politique de santé publique de leur gouvernement. Ce type de dérive est perceptible dans certains états américains à propos du vaccin contre le papillomavirus, devenu obligatoire pour s’inscrire à l’Université, ou même en France où le vaccin contre l’hépatite B est imposé aux étudiants en première année des études médicales, alors qu’à ce stade  9 étudiants sur 10 ne deviendront pas médecins. Il me semble que la population est parfaitement capable de percevoir le niveau  de sincérité et de transparence des politiques de santé. Elle doit exiger que pour chaque vaccin de grande diffusion de véritables études du rapport bénéfice/risque soient menées à échelle suffisante pour détecter les risques faibles, et sur le long terme en cas d’utilisation d’adjuvants bio-persistants.