Les plantes envahissantes : amies ou ennemies ?

Les plantes invasives nous inspirent de la crainte. Il s'agit d’espèces exogènes, c’est-à-dire « importées par l’homme », qui se répandent très vite et causent bien des soucis aux agriculteurs comme aux botanistes. Pour certaines, elles sont même devenues un véritable problème sanitaire.

Un danger pour la santé

Nous avons tous déjà entendu parler d’elle : l’ambroisie. Importée d’Amérique du Nord au gré des chargements céréaliers qui transitaient par bateau, elle s’est propagée très rapidement en Europe dès le 19ème siècle. Elle prend racine au bord des rues et le long des autoroutes et profite du vent et des pneus pour coloniser toujours un peu plus l’environnement. Mais, si elle n’a l’air de rien avec ses petites fleurs jaunes, elle s’avère très agressive : près de 80 % des personnes allergiques y sont sensibles et dans les cas les plus graves déclenchent de violents symptômes et de l'asthme. Déjà très présente du nord des Balkans jusqu’au sud de la Pologne, dans le nord de l’Italie et le sud-est de la France, elle gagne aujourd’hui du terrain en Allemagne. D'après les estimations de l’Agence fédéral pour l’environnement, les conséquences sanitaires de l’ambroisie se chiffreraient en centaines de millions d’euros pour l’Allemagne. En France, la région Rhône-Alpes a estimé un coût de 20 millions d’euros pour l’année 2011.

Mais les allergies ne sont pas l'unique problème de santé que causent les végétaux colonisateurs. Gare au promeneur qui entrerait en contact avec la berce du Caucase. Cette plante s’est propagée depuis le 19ème siècle en Allemagne et investit désormais les parcs, jardins et bords de rues. Des substances photo-toxiques contenues dans son jus modifient notre protection naturelle contre les rayons ultraviolets. En cas d’exposition au soleil, la xanthotoxine provoque rougeurs, inflammations et cloques. Le contact avec la plante est indolore en l’absence de soleil, mais il conviendra de se rincer au plus vite avec du savon et de préserver du soleil la zone touchée.

Des ennemis locaux

Toxique, le séneçon de Jacob a connu une forte propagation au cours de ces dix dernières années. On pourrait penser qu’il s’agit d’une espèce invasive, pourtant elle est originaire d'Europe centrale. Elle se propage actuellement aux États-Unis et en Australie où elle y est considérée comme une espèce invasive. Cette herbe contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques que les abeilles transportent dans leur miel. En 2009, des traces de ce poison ont été retrouvées dans de la roquette. A haute dose, il s’avère nuisible au foie, mais ce sont surtout les chevaux et les bovins qui sont touchés. Il existe bien d’autres plantes locales qui sont aussi toxiques, et pour les animaux et pour les hommes.

La berce commune a un effet semblable à sa cousine caucasienne, mais elle est bien endémique des régions européennes. Elle se rencontre dans les près, les bords de chemin et les lisières de forêt. A l’instar de sa cousine, son jus rend la peau photosensible et provoque des brûlures. Local ne veut donc pas dire inoffensif.

Toutes les néophytes ne sont pas néfastes

La présence de plantes néophytes n’est pas une nouveauté, la végétation d’Europe Centrale s’est développée avec de nombreuses variétés non locales. La moitié des néophytes, étymologiquement « nouvelle plante », ont même été introduites volontairement. Très peu d’entre elles sont parvenues à s’acclimater et parmi ces survivantes, seules 10% sont considérées comme nuisibles. Bon nombre de ces immigrées ont eu un impact positif sur notre écosystème.

Par exemple, la balsamine de l’Himalaya, elle-aussi une néophyte, est très appréciée des apiculteurs. La fleur est très attrayante pour les abeilles car elle contient beaucoup de nectar. Mais en contrepartie, la balsamine a tendance à prendre le pas sur la biodiversité. D’un côté les apiculteurs ont eu tendance à favoriser son développement, et de l’autre les abeilles, plus attirées par la balsamine, ont tendance à délaisser les autres fleurs. Le rosier du Japon supplante lui aussi les espèces indigènes des écosystèmes, mais il a aussi les effets positifs. Planté sur les zones côtières, il prévient les crûes et les inondations. En outre, il est aussi très populaire comme décoration, car très résistant au froid et au sel.

Certaines plantes étrangères atterrissent même sur notre table. La pomme de terre, par exemple, vient initialement des Andes et n’a été importée en Europe qu’après la découverte du Nouveau Monde. De même, le maïs et la tomate ne sont pas non plus originaires d’Europe, mais viennent eux-aussi des Amériques. La tomate a d’abord traversé l’Atlantique pour servir de décoration à partir du 17ème siècle et ce n’est qu’au 19ème siècle qu’elle est devenue un aliment apprécié et cultivé. Difficile de croire qu’elle n’a pas toujours fait partie de nos jardins.