Rosetta en rase-mottes au-dessus de la comète

Inéluctablement, la comète Churyumov-Gerasimenko s'approche du Soleil. Tournant autour d'elle, la sonde européenne Rosetta voit de jour en jour le petit astre évoluer. Au début du mois de mars, la comète se trouve encore à 320 millions de kilomètres de notre étoile qui la chauffe de plus en plus. Churyumov-Gerasimenko s'approchera jusqu'à 185 millions de kilomètres, le point le plus bas de son orbite, le 13 août 2015, avant de s'éloigner progressivement.

Sous l’œil électronique des caméras de Rosetta, l'activité de la comète devient de plus en plus spectaculaire, de véritables geysers de glace et de gaz s'échappant de sa surface tourmentée. Sont expulsés dans l'espace de l'eau, du monoxyde de carbone, du dioxyde de carbone, de l'ammoniac, du méthanol... La sonde, quant à elle, scrute la surface de la comète sous tous les angles, obtenant des images à couper le souffle de ce monde minuscule aux paysages dantesques, chaos indescriptible de vallées profondes, de falaises, de montagnes, surgissant au-dessus d'horizons multiples, déroutants, extraterrestres au sens fort du terme.

Six mois après son arrivée auprès de la comète, la sonde européenne nous en a déjà appris beaucoup sur Churyumov-Gerasimenko. Sa taille et sa masse sont désormais précisément connues : 4 x 3,5 km, pour un volume de près de 22 kilomètres-cube et une masse de dix milliards de tonnes. La comète est un astre extrêmement léger et fragile, probablement très poreux : sa densité de 0,47, proche de celle du liège, lui permettrait de flotter sur l'eau si on la posait au beau milieu de l'océan Pacifique...

Rosetta en rase-mottes

Churyumov-Gerasimenko n'a pas toujours tourné autour du Soleil sur son orbite actuelle, qui l'éloigne à 850 millions de kilomètres de notre étoile et l'en approche à 185 millions de kilomètres. En effet, la durée de vie des comètes, dans le système solaire interne, où circulent les planètes, est très limitée : elles s'évaporent littéralement à la chaleur du Soleil, tombent parfois sur notre étoile ou sur une planète. En quelques milliers d'orbites seulement, leur destin est scellé. En fait, la comète Churyumov-Gerasimenko est connue depuis 1969 seulement, et l'on suppose qu'elle s'est formée au-delà des planètes du système solaire, à une distance d'environ sept milliards de kilomètres, avant d'être attirée par le jeu de l'attraction gravitationnelle vers des régions proches de Jupiter, de Mars, de la Terre et du Soleil... Dans quelques milliers d'années, Churyumov-Gerasimenko, usée, érodée, abrasée par ses fréquents passages auprès du Soleil, se désagrégera... Sa forme très particulière, bilobée, éclaire déjà les prémices de son destin : les deux blocs de deux kilomètres qui la constituent, et la font ressembler à un sablier grossier, se détacheront probablement. Certains chercheurs, qui ont repéré des failles à sa surface, dans la région du col qui sépare les deux lobes de la comète, rêvent même que sa destruction commence sous les yeux de Rosetta...


En attendant ce très improbable cataclysme cosmique, les ingénieurs et scientifiques européens continuent à chercher le module Philaé à la surface de la comète... Depuis son atterrissage mouvementé, le 12 novembre 2014, Philaé, caché par les rochers contre lesquels il est appuyé, est introuvable. Invisible et muet, le module s'étant automatiquement mis en veille, à court d'énergie solaire pour l'alimenter. L'Agence spatiale européenne (ESA) sait à peu près où se trouve Philaé : la zone de recherche du module est circonscrite dans une ellipse de 200 mètres sur 20 mètres. L'ensoleillement de la région où se trouve Philaé augmentant progressivement, les chercheurs s'attendent à ce qu'il se remette en marche automatiquement vers la fin du mois de mars, mais il ne sera en mesure de communiquer avec la Terre qu'en mai ou juin... Mais Philaé aura-t-il résisté aux conditions très dures imposées par ce petit corps sans atmosphère ? À la surface de la comète, en effet, selon que l'on se trouve à l'ombre ou au Soleil, la température varie de -50° C à -120° C...


En attendant le réveil espéré de Philaé, Rosetta continue sa ronde vertigineuse autour de la comète, et à la mi-février, durant de véritables vols en rase-mottes à seulement 6 kilomètres de sa surface, la sonde de l'ESA a obtenu des images d'une netteté sidérante de ses incroyables paysages. Parmi les découvertes de Rosetta et de Philaé, la nature de sa surface est la plus surprenante : noire comme du charbon, elle est dénuée de glace... En effet, la surface de la comète, au fil de ses rencontres avec le Soleil, s'est complètement déshydratée. L'eau, contenue en abondance dans la comète, se trouve actuellement sous forme de glace, sous sa surface. Dans les mois qui viennent, en s'échappant sous l'effet de la chaleur du Soleil et en enveloppant Churyumov-Gerasimenko d'une féerique chevelure, la comète nous offrira probablement l'un des plus beaux spectacles jamais vus dans le ciel par l'humanité...

 

Serge Brunier