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Plus de robots, plus de chômage ?

Dernière mise à jour: 12 Juin 2014

L'usage toujours plus généralisé des robots sera-t-il synonyme d'une baisse du travail humain, et donc d'une hausse du chômage ? Le magazine The European, partenaire d'ARTE Future, a mené l'enquête auprès d'experts - avec des résultats parfois surprenants.

iCub à l'école des humains

Une équipe de l’Inserm à Lyon s’attelle à rendre plus « humain » le robot iCub, qui peut déjà bouger, voir, entendre et toucher. Leur objectif : donner au robot la capacité d’apprendre, de coopérer avec les utilisateurs humains et de s’adapter à des situations nouvelles.

Réalisation : Jean-Pierre Courbatze et Laurianne Geffroy / Production : Cité des sciences et de l’industrie / Inserm

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L'histoire des robots

Depuis la pièce de théâtre Rossum's Universal Robots de Karel Čapek en 1920, le robot est l'un des thèmes favoris de la science fiction. Film présenté dans l'exposition Science (et) fiction, aventures croisées à la Cité des sciences et de l'industrie.

Réalisation : Pascal Goblot / Production : Universcience

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Un avenir automatisé : quelle place pour les robots ?

Honda Latest ASIMO Robot Running - Best Humanoid Robots!
Robots for rehabilitation
Robots for Everybody: Henrik Christensen at TEDxEmory
Where are the Robots? 2013 Guardian Oxford London Lecture (full)
Meet ATLAS!
Meet Baxter a New Kind of Industrial Robot

De quelles manières les robots vont-ils modifier notre futur ? Fabricants et chercheurs nous livrent leurs points de vue sur le "futur automatisé" (en anglais).

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Du travail pour tous

Quand nos emplois actuels auront été repris par des machines, nous pourrons enfin nous concentrer sur l’essentiel : le travail auprès des personnes et pour les personnes.

Par Götz Werner

http://future.arte.tv/sites/default/files/styles/medium/public/atoms/images/theeuropean-logo.png?itok=b7buokaE

Un jour, une femme m’a dit « ma pension de retraite ne me suffit pas pour vivre ». Et elle a ajouté « mais c’est logique, j’ai élevé mes trois enfants, ensuite, j’ai pris soin de ma mère, et pendant de nombreuses années, je me suis occupé de mon mari malade ». Et de conclure son récit comme une évidence « je n’ai jamais travaillé ! » Ces propos sont symptomatiques de notre époque. Une activité non rémunérée au service des autres n’est pas reconnue comme un travail. La division du travail – et sa conséquence, le fait que des personnes dépendent des prestations perçues par d’autres pour pouvoir vivre – a déformé la notion de travail.

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Il est donc utile et nécessaire de s’interroger sur l’avenir de la société du travail, et pas seulement à cause du débat suscité par des déclarations telles que celles d’Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson, chercheurs au MIT. Pour eux, le progrès technologique a pour conséquence que le processus de création de valeur requiert de moins en moins de personnes.

Même si ce pronostic ne s’avère pas exact, nous devrions nous demander dans quelle société nous voulons vivre demain. Parce que, tout d’abord, nous connaissons une abondance de biens et de services inimaginable pour les générations antérieures. Ensuite, nous avons également compris que nous devions gérer les ressources naturelles de manière plus durable que nous ne l’avons fait jusqu’à présent. Enfin, pour le moment, les gens ont encore besoin d’un travail rémunéré pour pouvoir bénéficier de la prospérité.

L’économie doit libérer les personnes

Mais comment conjuguer ces objectifs : créer des emplois, accroître la productivité (et donc aussi la quantité de biens de consommation), tout en ménageant nos ressources naturelles (donc en limitant la consommation excessive) ? Pour le moment, nous vivons avec ce dilemme : les entreprises s’engagent en faveur du développement durable tout en dépensant des millions en publicité pour pousser les gens à consommer des produits dont ils n’ont pas besoin.

Il est temps de changer de perspective et de prendre conscience du fait que, par opposition à la surabondance de biens marchands, nous connaissons une énorme pénurie de biens sociaux – dans l’éducation, la formation et les soins, notamment. Il faut distinguer sciemment entre « l’ancien travail », portant sur la nature et ses ressources, et le « nouveau travail », qui s’exerce lui auprès des personnes et pour les personnes.

Le travail sur la nature est affaire d’efficacité et d’économie des moyens. En la matière, la mission des entreprises consiste à économiser les ressources ; et le temps consacré par des personnes à ce processus constitue lui aussi une ressource. Les entreprises doivent affranchir les personnes du travail productif.

Le travail auprès des personnes et pour les personnes n’est pas affaire de rendement, mais d’attention portée aux autres. Il requiert de la générosité, et même de la prodigalité. Ce travail n’est pas mesurable. Quand un client entre dans une de mes drogueries et pose une question à un employé, on ne peut pas quantifier ensuite le degré de satisfaction du client quant au conseil prodigué par le vendeur. Un échange long peut produire un résultat moins bon qu’un échange court. Dans une entreprise, le recours aux technologies les plus récentes dans la production peut donner aux salariés la possibilité de s’intéresser à l’autre dans les échanges avec le client.

Le revenu de base sans condition ouvre à chacun un espace de liberté. Il permet à chaque citoyen de mener une vie modeste, mais digne, et chacun peut dès lors s’adonner à un travail porteur de sens pour lui et pour ceux qui l’entourent, sans devoir d’abord se demander quel niveau de rémunération apportera ce travail.

L’automatisation peut être une bénédiction

L’homme a besoin d’un revenu pour vivre. Il a besoin d’un travail pour s’épanouir. Ce n’est que dans la collectivité qu’il peut se dépasser.

Aux détracteurs du revenu de base, qui craignent que plus personne ne travaille, je peux objecter qu’au cours des quarante années passées à la tête de mon entreprise, j’ai toujours constaté que les gens voulaient travailler. Lorsqu’un boulot n’est pas fait, c’est uniquement parce que les gens ne parviennent pas à s’y identifier. Et c’est en ce sens que l’automatisation est une aubaine.

Lorsque le Sigmar Gabriel, le chef de file des socio-démocrates  [NDRL : allemands], déclare que le revenu de base est un affront pour les personnes qui travaillent, cela montre l’ampleur de l’effort de sensibilisation qu’il reste à accomplir. Car sa déclaration est un affront pour la retraitée que j’évoquais tout à l’heure et pour toutes les personnes qui se consacrent à l’éducation de leurs enfants, aux soins pour leurs proches, ou à l’encadrement des jeunes dans les associations – pour ne prendre que quelques exemples. Selon l’Office fédéral des statistiques, chaque année, en Allemagne, on dénombre 56 milliards d’heures de travail rémunérées, et 96 milliards d’heures de travail non rémunérées. Visiblement, pour Sigmar Gabriel, seules les 56 milliards d’heures de travail rémunérées ont de la valeur.

Il y a tout juste cent ans, de savants professeurs déclaraient publiquement que les femmes ne devaient pas avoir le droit de voter, parce qu’elles n’étaient pas capables de penser. La Suisse n’a accordé le droit de vote aux femmes qu’en 1971. Aujourd’hui, plus personne n’oserait proférer publiquement de telles âneries. Il faut que la valeur du travail sous toutes ses formes devienne une évidence, à l’instar du droit de vote des femmes.

Si nous sommes prêts à redéfinir l’emploi dans le sens d’un travail auprès des personnes et pour les personnes, et à le rendre possible grâce à un revenu de base sans condition, nous pourrons considérer le progrès de l’automatisation comme une chance ; notamment lorsqu’elle permet d’affranchir les personnes de tâches monotones et sans intérêt. C’est aussi une bénédiction pour l’environnement, parce que cette forme de travail et la « consommation » d’attention humaine ménagent les ressources de la nature. C’est à nous qu’il incombe de décider si l’automatisation est une bénédiction ou une malédiction.

 

www.theeuropean.de/goetz-werner

Né en 1944, Goetz Werner est le fondateur de la chaîne de magasins de droguerie « dm », en Allemagne. Il est aussi l’un des plus célèbres défenseurs du revenu de base sans condition. Outre son activité au sein du conseil de surveillance de « dm », Goetz  Werner a été de 2003 à 2010 professeur en management à l’Institut de technologie de Karlsruhe. Depuis 2011, il est administrateur de l’IFF- l’Institut des entreprises familiales à Stuttgart. Son engagement lui a valu de nombreuses récompenses, notamment le Prix du commerce allemand (en 2010), la Croix du mérite de la République fédérale (en 2004), et la Croix fédérale du mérite, 1ère classe (en 2008).

 Cet article est paru dans l’édition papier du numéro 3/2013 de « The European ».

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Une nation d'auto-entrepreneurs

La politique n’a pas encore pris conscience des mutations récentes du monde du travail. Il revient donc aux individus de se prendre en main et de devenir des entrepreneurs.​

Par Bo Cutter

http://future.arte.tv/sites/default/files/styles/medium/public/atoms/images/theeuropean-logo.png?itok=b7buokaE

Voici le scénario : l’automatisation du monde du travail fait grimper le chômage. Pour un nombre toujours croissant de personnes, les emplois à plein temps appartiennent au passé. L’Etat avance en terre inconnue quand il tente, avec sa politique sociale, d’amortir les effets de cette évolution. Et le salaire minimum généralisé – [NdT : il n’y a pas de SMIC en Allemagne] est un premier jalon vers le nouveau monde du travail.

Pour ma part, je ne crois pas à ce scénario, et encore moins aux pistes de solution généralement proposées.

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Cela dit, la politique n’a pas encore pris conscience de l’ampleur des bouleversements en cours. Dans les dix prochaines années, la vitesse vertigineuse à laquelle se succèdent les innovations technologiques aura modifié l’économie productive et le monde du travail bien plus profondément qu’au cours des trente dernières années. A la fin de ce processus, notre économie et nos entreprises seront très différentes.

Certes, le scénario catastrophe du chômage de masse a peu de chances de se produire, mais les salaires et les conditions de vie de la population active dépendront de la manière dont seront mises en place les réformes. Les gouvernements, l’enseignement supérieur, technologique, professionnel, et les syndicats parviendront-ils à anticiper les changements à venir ?

On ne saurait surestimer l’importance de cette évolution technologique. Les nouvelles technologies de production comme les imprimantes en 3D ou le recours généralisé à la robotique révolutionneront l’industrie. On peut s’attendre à des progrès gigantesques dans les technologies de l’information. La puissance de calcul des ordinateurs double quasiment tous les deux ans et la quantité de données numériques double tous les trois ans environ. Quand elles sont combinées, ces nouvelles technologies ont un impact non seulement quantitatif mais aussi qualitatif sur le monde du travail. Et rares sont les analystes et économistes qui ont anticipé leur ampleur.

Requiem pour le travail à l’usine

Il est possible de décrire en quelques mots les conséquences directes de ces évolutions : dans l’industrie productive, l’automatisation fera rapidement chuter les salaires et les charges salariales. De moins en moins de main-d’œuvre sera nécessaire pour produire la même quantité de biens. Il faut s’attendre à ce que les salaires et les charges salariales avoisinent le zéro un jour ou l’autre. Dans le secteur tertiaire, les tâches routinières seront de plus en plus souvent effectuées par des logiciels.

A long terme, ces changements se traduiront par une mutation économique et l’émergence de nouveaux champs d’activité.

Finie l’époque où les ouvriers et les salariés pouvaient compter sur des embauches fermes et la sécurité de l’emploi. Demain, formation et formation continue tout au long de la vie seront la porte d'entrée sur le marché du travail.

A l’avenir, le salarié devra se glisser dans la peau d’un chef d’entreprise. On attendra de lui créativité, initiative personnelle, réflexion prospective et esprit d’entreprise. Il vaudrait mieux que les plans de carrière bien conçus ne soient plus réservés à la seule classe moyenne cultivée.

Les évolutions décrites ci-dessous ne déboucheront pas nécessairement sur un chômage endémique. Mais à l’inverse, cela ne signifie pas que tous ces changements auront des effets positifs. David Autor, économiste au MIT, a montré dans ses travaux que l’évolution technologique en Europe et aux Etats-Unis a conduit à un effritement de la classe moyenne. Les disparités sont de plus en plus marquées dans la société : d’un côté, une élite clairsemée, de l’autre, un nombre croissant de salariés aux emplois précaires. Bienvenue dans le futur !

Opter pour la moindre résistance politique est donc le mauvais choix. Mais malheureusement, c’est la voie choisie dans 99 % des cas. Tous les pays occidentaux se paient le luxe de maintenir un Etat-providence qui n’est plus finançable, quoi qu’on en pense. Il ne reste plus d’argent à consacrer à des réformes d’avenir pour le marché du travail.

Avec leur pouvoir politique et institutionnel, les grandes entreprises, les syndicats et les systèmes éducatifs empêchent le changement. Nous sommes donc dans une impasse. Le système politique stagne, l’économie est en mutation, l’écart entre les revenus se creuse et nous passons notre temps à distribuer des aides sociales inefficaces. Pourtant, un autre avenir est possible. Il suffirait que les gouvernements comprennent l’importance capitale de quatre grandes réformes : créer plus d’entreprises, réduire les obstacles et les coûts liés à la création d’emplois, mieux financer les infrastructures urbaines et réformer en profondeur le système éducatif.

Il est grand temps d’agir.

 

Article original en anglais.

www.theeuropean.de/bo-cutter

En tant qu’économiste et chef d’entreprise, Bo Cutter a conseillé la Banque mondiale pour des missions en Afrique et en Amérique du Sud. Au sein du National Economic Council, il a été conseiller des Présidents des Etats-Unis Jimmy Carter et Bill Clinton. Bo Cutter préside l’organisation caritative CARE USA et il est Senior Fellow au Roosevelt Institute.

Cet article est paru dans l’édition papier du numéro 3/2013 de « The European ».

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Du travail à foison

Avez-vous peur qu’un astéroïde entre en collision avec notre planète ? Non ? Pourquoi craignez-vous alors qu’il n’y ait plus de travail ?​

Par Robert Solow

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Le fait de croire que l’automatisation et la mécanisation vont rendre superflus une bonne partie du travail humain et que cela débouchera obligatoirement sur un chômage de masse est comme la lave d’un volcan inactif qui bouillonne juste sous la surface. Chaque fois que l’économie est confrontée à un chômage élevé et persistant, cette croyance resurgit et le volcan entre en éruption.

Il y a un demi-siècle, quand je conseillais le gouvernement Kennedy sur les enjeux économiques, j’avais déjà étudié la probabilité de tels scénarios catastrophes. A l’époque déjà, les pessimistes nous mettaient en garde. Mais aujourd’hui comme hier, j’ai l’impression qu’hormis les théories pures et dures, pas grand-chose ne vient corroborer ces craintes. Aucun scénario catastrophe ne s’est encore produit et il paraît même hautement improbable qu’un cataclysme survienne un jour.

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Je vous explique pourquoi : nous ignorons si nous assistons ou non à une accélération de l’évolution technologique rentable. Même les économies les plus avancées sont encore loin d’avoir assouvi leur soif de produits et de services. De plus, le niveau de vie d’une grande partie de la population mondiale reste très inférieur aux revenus et à la consommation des habitants de ces pays. Voilà pourquoi nous devrions donc être heureux de voir la productivité augmenter, parallèlement à la hausse escomptée de la production mondiale. La plupart des personnes actives souhaitent plus de bien-être matériel mais aussi plus de temps libre. Leur vœu pourrait être exaucé si l’automatisation et le recours aux robots permettait à la productivité de faire un bond. Mais cela suppose toutefois plus de compétences en économie que nous n’en avons actuellement.

Les craintes de voir tout s’automatiser dans le monde du travail sont donc aussi peu réalistes que le risque d’une collision de notre planète avec un astéroïde géant. Pourtant, elles sont néfastes à deux égards : premièrement, elles fournissent un prétexte à ceux qui refusent de se pencher sur le problème déjà bien réel du chômage. Je le répète, ce n’est pas le progrès technologique qui est la cause du taux élevé de chômage. Deuxièmement, ces craintes détournent notre attention de deux questions encore plus importantes :

La première ne concerne pas le nombre global d’emplois mais les qualifications et le salaire de divers corps de métiers. Les économies nationales les plus avancées — c’est prouvé — sont capables de créer sans peine des emplois des deux côtés de l’échelle sociale : d’un côté, des emplois très bien rémunérés réservés aux spécialistes, de l’autre des emplois peu qualifiés et mal payés. Les emplois menacés sont pour l’essentiel ceux situés entre ces deux extrêmes : ils requièrent une formation solide mais le salaire n’est pas à l’avenant.

Ces disparités ont deux graves conséquences pour l’économie et la société : comme les emplois sont, de par leur nature, plus nombreux au bas qu’en haut de l’échelle sociale, les classes moyennes et leurs enfants partent avec un handicap et doivent souvent revoir leurs aspirations à la baisse. Avec l’appauvrissement des classes moyennes, l’économie perd une catégorie de consommateurs qui était jusqu’ici garante d’une stabilité, puisque les classes moyennes ont un rôle important en termes de consommation.

Il semble plausible d’affirmer que ces disparités sont renforcées par l’avènement des nouvelles technologies – et notamment par les technologies de l’information. Les ordinateurs peuvent exécuter des tâches simples d’analyse et de gestion, et ils sont un outil du travail intellectuel. Pour autant, il ne faut pas en surestimer le bénéfice.

Les attentes des consommateurs envers les produits et les services évoluent, contribuant elles aussi à ces disparités. La réponse politique à apporter, s’il doit y en avoir une, n’a toujours pas été définie. En tout cas, il ne sert à rien de paniquer face à cette hypothèse.

La deuxième question est de nature plus spéculative. Apparemment, une part toujours plus grande du revenu national n’est plus générée par le travail effectif, mais par des investissements. Plutôt que de travailler pour gagner de l’argent, il est plus rentable de faire travailler l’argent pour nous. Cela aussi crée des disparités. Si cette tendance perdure, il faudra s’attendre à des conséquences terribles. Dans le pire des cas, ces évolutions feront imploser la société.

Alors que faire dans ces conditions ? Une politique de péréquation serait possible, en théorie, mais si l’on tente de tirer des enseignements du passé, elle semble peu probable. Une alternative consisterait à démocratiser le capital par d’autres moyens. Il serait envisageable de donner aux individus le droit de toucher un capital en créant des fonds publics d’investissements plus soucieux de la protection sociale que de la maximisation du rendement. Ou alors, des incitations à l'épargne pourraient aller aux familles à faibles ou moyens revenus. Je vous l’accorde : ces idées sont assez floues et n’ont pas fait l’objet d’études approfondies. Pourtant, elles me paraissent plus sensées et plus intéressantes que le refus instinctif d’une économie basée sur l'automatisation.

 

Article original en anglais. 

www.theeuropean.de/robert-solow

L’auteur a été consultant du gouvernement Kennedy, il a enseigné au MIT et à la Columbia University, conçu un modèle économique qui porte son nom (le modèle Solow) et a reçu en 1987 le prix Nobel de l’économie. Peter Diamond et Joseph Stiglitz, eux aussi lauréats du prix Nobel quelques années plus tard, sont d’anciens étudiants de Robert Solow.

Cette contribution est parue dans l’édition papier 3/2013 de The European.

Vous y trouverez, entre autres, les sujets suivants : Enfin au chômage – quand les robots se chargent de nos emplois, c’est là que le vrai travail commence. Les opportunités et les risques d’un monde sans effort : un débat avec notamment Götz Werner, le fondateur de la chaîne de drogueries dm en Allemagne, et le prix Nobel Robert Solow. Autres débats au sommaire : la ressource Big Data, les nouveaux rôles homme/femme, le travail de mémoire de la division de l’Allemagne. Avec des interviews de Jean-Claude Juncker, Jürgen Trittin et Anne-Marie Slaughter. 

A commander en ligne sans plus attendre

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Robots à vendre

Les robots sont-ils nécessairement synonymes de tracas ? S'inspirant de la série culte Real Humans, diffusée par la chaîne en avril dernier, la chaîne ARTE a créé une plateforme afin de vous aider à choisir "votre Hubot". Du Hubot festif qui vous accompagne jusqu'au bout de vos soirées au Hubot soucieux de votre santé, le Hubot Market a obligatoirement le robot qu'il vous faut.