Irrespirable : des villes au bord de l'asphyxie ?

Chaque jour et durant toute notre vie, nous inspirons 12 kg d’air. Soit une dose nettement supérieure à la quantité journalière d’aliments que nous absorbons. D’où l’importance cruciale de respirer un air propre. Ce qui n’est évidemment pas toujours le cas. Un peu partout, l’air est lourdement chargé en polluants qui peuvent être responsables de maladies, dont le cancer. Premières incriminées, les particules en suspension sont de fines particules solides composées d’un mélange de microparticules qui peuvent flotter dans l’atmosphère pendant des jours et des jours et parcourir de longues distances. Pour écarter tout danger, les experts recommandent un abaissement des valeurs limites applicables et des mesures efficaces.

(1) Pollution : Les Villes Au Bord De L'Asphyxie? (1)
Irrespirable Airpocalypse : des particules fines toxiques, y compris de pesticides, se concentrent dans l'air des villes. Irrespirable
(1) Pollution : Les Villes Au Bord De L'Asphyxie? (1)

De Paris à Pékin, la pollution atmosphérique fait déjà des millions de morts par an. Un documentaire important, qui cartographie ses plus graves méfaits à travers le monde.

Le documentaire de Delphine Prunault (France, 2015, 1h31mn), disponible en VOD et DVD à la carte

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3 questions à Delphine Prunault 

Depuis votre tournage, quelles sont les avancées notables dans les pays et capitales dans lesquels vous avez tourné le film « Irrespirable » ? 

La réaction la plus marquante concerne la capitale indienne. New Delhi, la ville la plus polluée du monde selon l’OMS, a expérimenté  durant la première quinzaine de janvier la circulation alternée. 

C’est une première et une petite révolution à New Delhi - les contrevenants risquaient une amende de 30 euros - même si l’impact d’une telle mesure est très modérée compte tenu de l’ampleur des niveaux de pollution et des nombreuses dérogations accordées (femmes seules, les VIP, les deux roues, …). 

Il faut dire que la pression sur la capitale indienne était devenue immense, pointée du doigt par une campagne médiatique sans précédent, relayée par les ONG et surtout la pression des juges de la Cour Suprême. 

En décembre, les juges avaient condamné l’inaction du gouvernement avec une phrase choc «Vivre à New Delhi revient à vivre dans une chambre à gaz.»

Les juges ont ainsi ordonné aux camions de payer une taxe écologique pour les contraindre à rentrer le moins possible dans la mégalopole. Ils ont également interdits les immatriculations de véhicules diesel de grosse cylindré, comme les 4 × 4 et les voitures de luxe.

Le gouvernement central de son côté promet d’accélérer la mise en place des normes EURO 6 pour les voitures en 2020, là aussi c’est un progrès. Mais il reste beaucoup à faire pour pérenniser de telles mesures et surtout, le gouvernement central ne prévoit rien dans les autres grandes villes du pays, les 13 métropoles classées parmi les 20 villes les plus polluées du monde. 

Quel bilan pour la Chine qui a déclaré la guerre à la pollution il y a deux ans ? 

Le régime de Pékin ne parvient pas à endiguer la menace. La capitale chinoise a même atteint en 2015 un triste record avec 179 jours de pollution. Cela signifie que les Pékinois respirent un air vicié, dangereux pour la santé, près d’un jour sur deux. 

Les enquêtes réalisées par l’ONG Greenpeace en Chine, très en pointe sur ce terrain, montrent également que sur 366 grandes villes chinoises étudiées, 80% ne respectaient pas en 2015 les normes nationales de qualité de l'air,  des normes qui sont pourtant bien moins sévères qu’en Europe ou aux Etats-Unis. 

En cause, les industries lourdes, le trafic automobile et les centrales à charbon. Dans ces villes, Greenpeace a relevé une concentration moyenne de particules fines, les PM2.5, cinq fois supérieure aux recommandations de  l’OMS. 

Quatre mois après la révélation de l’énorme scandale Volkswagen, les Etats ont-ils réagi à la hauteur de l’enjeu sur le diesel, particulièrement en France ? 

Le gouvernement français a mis en place des tests aléatoires de pollution sur les véhicules commercialisés dans le pays.  La ministre Ségolène Royal a révélé la semaine dernière que Renault, le constructeur français dont l’Etat est actionnaire dépasse les normes sur plus de 15 000 véhicules (dépassement sur les dioxyde d’azote).

Deux modèles de ses véhicules diesel dépassent de façon importante les normes antipollution en conditions réelles : le Renault Captur et le Renault Espace 5. Les chiffres d'émission indiqués par le constructeur sont nettement inférieurs aux chiffres constatés par les inspecteurs. 

Le constructeur a même reconnu que son système de dépollution tendrait à moins bien fonctionner dans certaines conditions de température, notamment en dessous de 17 degrés.

Renault dans le collimateur donc, mais pas de sanction ni d’avertissement  prononcés par le gouvernement qui s’est empressé de rappeler qu’il n’y avait pas de logiciel truqueur contrairement à l’affaire Volkswagen. Comme si il n’y avait pas de tricherie ni de mensonge de la part d’un constructeur à ses clients. 

Le scandale Volkswagen n’a pas accéléré la mise au ban du diesel. Le gouvernement français a choisi des mesures d’incitation, des aides au remplacement des vieux diesel contre une voiture neuve mais il n’y a pas de plan d’envergure en France pour une sortie progressive du Diesel comme  le  réclament les organisations environnementales, et les écologistes. 

Au niveau européen, les débats sur la mise en place de tests de pollution en conditions réelles de circulation (évoqués par les experts dans le documentaire) sont compliqués entre la commission européenne - très volontariste - et les Etats Membres qui retardent encore le processus. La nouvelle procédure est censée entrer en vigueur en 2017. Il n’y a aucune garantie que cela soit le cas. Le scandale Volkswagen aurait pu au contraire faire espérer une  accélération de cette mise en oeuvre.

A lire également:  Irrespirable – Comment échapper à l'asphyxie, de Delphine Prunault et Alice Bomboy (en coédition avec Tallandier), disponible chez ARTE Éditions

 

 

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